Commissions impayées et indemnité de cessation de mandat : ce qu’il faut savoir
Lorsqu’un contrat d’agent commercial prend fin, le calcul de l’indemnité de cessation de mandat constitue un enjeu majeur.
Une question revient régulièrement : que se passe-t-il lorsque certaines commissions acquises par l’agent commercial n’ont pas encore été réglées au moment de la rupture ?
La jurisprudence rappelle que les commissions dues mais impayées doivent être prises en compte lorsqu’elles permettent de déterminer le niveau de rémunération ayant servi de référence pour l’indemnisation de l’agent.
Cette règle protège l’agent commercial contre une situation dans laquelle le mandant pourrait, de fait, réduire le montant de l’indemnité en ne réglant pas certaines commissions au moment de la cessation du contrat.
L’indemnité de cessation de mandat : une protection essentielle
L’article L.134-12 du Code de commerce prévoit qu’en cas de cessation de ses relations avec le mandant, l’agent commercial bénéficie d’une indemnité compensatrice destinée à réparer le préjudice subi.
Cette indemnité vise notamment à compenser la perte de la clientèle et du marché développés grâce au travail de l’agent commercial.
Elle ne constitue donc pas simplement le règlement des dernières commissions dues.
Il faut distinguer :
- Les commissions acquises au titre des opérations réalisées ;
- L’indemnité compensatrice de cessation de mandat destinée à réparer le préjudice lié à la perte du mandat ;
- L’éventuelle indemnité compensatrice de préavis lorsque le préavis n’est pas exécuté.
Ces différentes sommes peuvent se cumuler lorsqu’elles répondent à des fondements distincts.
Les commissions impayées doivent être prises en compte
La jurisprudence de la Cour de cassation considère que les commissions qui auraient dû être versées à l’agent commercial ne peuvent pas être ignorées dans l’appréciation de ses droits.
Plusieurs décisions l’ont rappelé, notamment les arrêts de la Cour de cassation des 29 février 2000, 9 janvier 2001 et 16 février 2021.
L’objectif est simple : le montant de l’indemnisation doit refléter la réalité économique de l’activité développée par l’agent commercial.
Une commission régulièrement acquise ne perd pas sa nature du seul fait qu’elle n’a pas encore été réglée par le mandant.
Pourquoi les commissions impayées sont-elles importantes ?
Prenons l’exemple d’un agent commercial qui a développé une activité importante pour son mandant.
Au moment de la rupture :
- Plusieurs commissions sont déjà acquises ;
- Certaines opérations ont été conclues mais les commissions n’ont pas encore été réglées ;
- Le mandant calcule néanmoins l’indemnisation sur les seules commissions effectivement versées.
Cette méthode pourrait conduire à minorer artificiellement la rémunération réellement générée par l’agent.
Les commissions restant dues doivent donc être intégrées lorsqu’elles sont nécessaires pour déterminer la réalité des rémunérations générées par l’activité.
Qu’en est-il de l’indemnité compensatrice de préavis ?
La question des commissions impayées ne concerne pas uniquement l’indemnité de cessation de mandat.
Elle peut également avoir une incidence sur le calcul de l’indemnité compensatrice de préavis.
Lorsque le mandant rompt le contrat sans permettre à l’agent commercial d’effectuer son préavis, celui-ci peut prétendre à une indemnité destinée à compenser les commissions qu’il aurait normalement perçues pendant cette période.
Les commissions constituent donc un élément essentiel pour apprécier le préjudice réellement subi.
Agent commercial : attention au calcul proposé par le mandant
Lors de la rupture d’un contrat, l’agent commercial doit donc vérifier attentivement les éléments utilisés pour déterminer son indemnisation.
Il est notamment conseillé de contrôler :
- Les commissions déjà réglées ;
- Les commissions acquises mais encore impayées ;
- Les affaires conclues avant la rupture ;
- Les opérations donnant encore droit à commission après la cessation du contrat ;
- La période de référence retenue pour le calcul ;
- L’indemnité de cessation de mandat proposée ;
- L’éventuelle indemnité compensatrice de préavis.
Les documents comptables, relevés de commissions, factures, tableaux de suivi et échanges avec le mandant peuvent être particulièrement utiles pour reconstituer précisément les sommes dues.
Ne confondez pas commissions et indemnité de rupture
Il est important de distinguer deux droits différents.
Les commissions
Elles rémunèrent les opérations pour lesquelles l’agent commercial a acquis un droit à commission conformément à son contrat et aux dispositions du Code de commerce.
L’indemnité de cessation de mandat
Elle vise à réparer le préjudice résultant de la cessation de la relation contractuelle, notamment la perte des revenus futurs liés à la clientèle et au marché développés par l’agent.
L’agent commercial peut donc avoir à réclamer à la fois ses commissions impayées et son indemnité de cessation de mandat, selon les circonstances.
À retenir
Une commission impayée ne doit pas être simplement oubliée au moment de la rupture du contrat d’agent commercial.
Avant d’accepter le règlement proposé par le mandant, il est donc essentiel de vérifier que l’ensemble des commissions auxquelles l’agent a droit a bien été pris en compte.
Les 4 réflexes de l’agent commercial
- Vérifier toutes les commissions acquises avant la rupture.
- Identifier les commissions restantes impayées.
- Contrôler la méthode de calcul de l’indemnité de cessation de mandat.
- Vérifier également l’indemnité compensatrice de préavis, lorsqu’elle est due.
Conclusion : faites valoir l’intégralité de vos droits
La cessation d’un contrat d’agent commercial ne doit pas conduire à laisser de côté une partie de la rémunération générée par l’activité.
Les commissions impayées peuvent avoir une incidence sur l’évaluation des indemnités dues à l’agent. Il est donc essentiel de disposer d’un état précis de ses commissions et de vérifier les calculs effectués au moment de la rupture.
Pour les agents commerciaux immobiliers et mandataires immobiliers, une bonne connaissance des règles applicables permet de mieux sécuriser la fin de leur mandat et de faire valoir leurs droits.
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Article fondé notamment sur la jurisprudence de la Cour de cassation : Cass. com., 29 février 2000 ; 9 janvier 2001 ; 16 février 2021.






