La découverte d’un vice caché après une vente immobilière conduit souvent les acquéreurs à engager des recours contre les vendeurs. Mais qu’en est-il de la responsabilité de l’agent commercial immobilier lorsque ce vice n’était pas connu au moment de la transaction ?
Une décision de la Cour d’appel de Bourges apporte des précisions importantes sur les obligations du professionnel de l’immobilier et les limites de sa responsabilité.
Les faits
En 2017, une maison est vendue pour un montant de 62 500 euros.
Après son acquisition, l’acheteur découvre d’importants désordres dans les combles. Le vendeur avait lui-même entrepris des modifications structurelles particulièrement sensibles, notamment la suppression d’un mur porteur et la mise en place d’étais provisoires, sans achever les travaux ni informer les acquéreurs.
Considérant que ces défauts constituaient des vices cachés, la justice prononce la résolution de la vente.
Les vendeurs décident alors de se retourner contre l’agent commercial immobilier afin d’obtenir le remboursement des sommes qu’ils doivent verser aux acquéreurs.
L’agent commercial immobilier exonéré de toute responsabilité
La Cour d’appel refuse toutefois d’engager la responsabilité de l’agent commercial immobilier.
Un professionnel de la transaction, pas du bâtiment
Les juges rappellent tout d’abord qu’un agent commercial immobilier n’est pas un expert en construction.
Selon l’expert judiciaire, les désordres étaient certes visibles, mais ne pouvaient être identifiés comme dangereux par une personne ne disposant pas de compétences techniques particulières.
L’agent commercial immobilier ne pouvait donc raisonnablement détecter seul l’existence du vice.
Une absence totale d’information de la part du vendeur
Le mandat de vente ne mentionnait aucuns travaux ni aucune transformation des combles.
Pour la Cour, ce point est déterminant.
L’agent commercial immobilier ne peut être tenu responsable d’une information qui lui a été volontairement dissimulée par son mandant.
L’obligation d’information incombait ici exclusivement aux vendeurs.
La faute des vendeurs ne peut être transférée au professionnel
Les magistrats rappellent également que les vendeurs avaient volontairement gardé le silence sur les travaux réalisés.
Cette réticence dolosive leur est entièrement imputable.
Ils ne peuvent donc pas tenter de transférer les conséquences de leur propre comportement à l’agent commercial immobilier.
Quels enseignements pour les professionnels de l’immobilier ?
Cette décision confirme un principe essentiel : l’agent commercial immobilier est tenu d’une obligation de moyens et non d’une obligation de résultat.
Sa responsabilité ne peut être engagée que s’il a commis une faute dans l’exercice de sa mission.
En revanche, il bénéficie d’une protection lorsque les informations lui ont été dissimulées par le vendeur et qu’aucun élément apparent ne permettait raisonnablement de suspecter l’existence d’un problème.
L’importance du devoir de questionnement
Même si cette décision est favorable aux professionnels de l’immobilier, elle rappelle également l’importance d’une collecte rigoureuse des informations dès la prise du mandat.
Il est recommandé de questionner systématiquement le vendeur sur :
- Les travaux réalisés dans le bien ;
- Les éventuels permis ou autorisations administratives ;
- Les travaux en cours ou inachevés ;
- Les sinistres ou désordres connus ;
- Les modifications structurelles réalisées au fil du temps.
Ces informations doivent être recueillies et conservées par écrit afin de constituer une preuve du sérieux des diligences accomplies.
La traçabilité : une protection indispensable
En cas de litige, la capacité du professionnel à démontrer qu’il a interrogé le vendeur et recueilli les informations disponibles constitue souvent sa meilleure protection.
Questionnaires vendeurs, courriels, comptes rendus de visites ou mentions dans le mandat peuvent s’avérer déterminants pour établir l’absence de faute.
Ce qu’il faut retenir
Cette décision rappelle que l’agent commercial immobilier n’est pas tenu de détecter des vices techniques qui échappent à un non-spécialiste.
En revanche, il doit faire preuve de vigilance dans la collecte des informations transmises par le vendeur et conserver la preuve de ses démarches.
Une bonne traçabilité des échanges demeure l’un des meilleurs moyens de sécuriser les transactions et de prévenir les mises en cause de responsabilité.








