Peut-on faire visiter un bien immobilier avant la signature d’un mandat ?
Une agence immobilière peut-elle faire visiter un appartement ou une maison alors que le propriétaire n’a pas encore signé de mandat ?
Cette question peut sembler simple. Pourtant, elle soulève plusieurs problématiques importantes en matière de loi Hoguet, de mandat immobilier et de droit à commission.
Le principal risque pour le professionnel est clair :
👉 intervenir trop tôt peut compromettre son droit à percevoir une rémunération.
Mais attention : il convient de distinguer la simple visite matérielle d’un bien d’une véritable intervention professionnelle dans une opération immobilière.
Mandat de vente, mandat de recherche, bon de visite, habilitation du négociateur, inter-agence : plusieurs situations doivent être distinguées.
L’essentiel à retenir
📌 Un mandat écrit préalable est indispensable avant toute négociation ou intervention entrant dans le champ réglementé de l’activité immobilière.
📌 Une agence qui intervient sans mandat risque notamment de perdre son droit à commission.
📌 Un bon de visite ne remplace pas un mandat immobilier.
📌 Le défaut de mandat ne doit pas être confondu avec l’absence de carte professionnelle ou d’habilitation, qui peuvent relever de sanctions spécifiques.
📌 Chaque situation doit être analysée selon le fondement juridique sur lequel le professionnel intervient.
Que dit la loi Hoguet sur le mandat immobilier ?
L’activité des professionnels de l’immobilier est encadrée par la loi Hoguet du 2 janvier 1970.
Son article 6 prévoit notamment que les conventions relatives aux opérations immobilières concernées doivent être établies par écrit.
Le mandat doit également préciser les conditions dans lesquelles la rémunération sera déterminée ainsi que la personne qui devra la supporter.
Le texte essentiel concernant le mandat préalable est également l’article 72 du décret du 20 juillet 1972.
Il prévoit que le titulaire de la carte professionnelle concernée ne peut pas :
- Négocier ;
- S’engager ;
Dans les opérations relevant de son activité sans détenir un mandat écrit préalablement délivré par l’une des parties.
👉 Le mot essentiel est donc : préalablement.
Le professionnel doit disposer du fondement juridique nécessaire avant le début de son intervention dans l’opération.
Peut-on simplement faire visiter un bien sans mandat ?
C’est ici que la situation devient plus complexe.
Il faut distinguer deux situations.
La simple visite matérielle
Ouvrir une porte et montrer physiquement un logement ne constitue pas nécessairement, à elle seule, un acte de négociation.
Mais cette analyse ne peut pas être limitée au simple geste matériel.
Les juges examinent la réalité de l’intervention du professionnel.
La visite intégrée dans une véritable démarche commerciale
La situation devient beaucoup plus sensible lorsque la visite s’inscrit dans une activité d’entremise immobilière.
Par exemple lorsque l’agence :
- Présente le bien à un candidat acquéreur ;
- Organise la rencontre entre les parties ;
- Échange sur les conditions de la vente ;
- Rapproche vendeur et acquéreur ;
- Commence à négocier le prix ou les conditions de l’opération.
Dans cette situation, la visite peut faire partie d’une véritable activité de négociation ou d’entremise.
👉 Il devient alors particulièrement risqué d’intervenir sans mandat préalable.
Cour de cassation : faire visiter avant d’avoir un mandat peut faire perdre la commission
Une décision de la Cour de cassation du 2 octobre 2007 apporte un éclairage important.
Dans cette affaire, un professionnel avait fait visiter des locaux alors qu’il ne disposait pas encore du mandat écrit nécessaire.
La Cour a considéré que cette intervention constituait le commencement d’une activité de négociation.
Conséquence :
👉 le professionnel ne pouvait pas réclamer de rémunération.
Cette décision rappelle un principe essentiel pour les professionnels de l’immobilier :
Le mandat doit être obtenu avant de commencer l’intervention commerciale.
Le principal risque : perdre son droit à commission
C’est probablement la conséquence la plus importante.
Le droit à rémunération de l’agent immobilier est étroitement lié au respect des règles relatives au mandat.
La jurisprudence rappelle depuis longtemps que le professionnel ne peut réclamer une commission que s’il dispose d’un mandat écrit répondant aux exigences légales.
Le mandat doit notamment exister avant les actes de négociation ou d’engagement.
Le scénario le plus risqué pour une agence immobilière
Imaginons la situation suivante :
1️⃣ L’agence découvre qu’un propriétaire souhaite vendre.
2️⃣ Elle organise une visite avec un acquéreur.
3️⃣ Elle rapproche vendeur et acquéreur.
4️⃣ Les discussions commencent.
5️⃣ L’acquéreur manifeste son intérêt.
6️⃣ L’agence demande ensuite au propriétaire de signer un mandat.
Cette méthode est particulièrement risquée.
👉 Signer le mandat après avoir commencé l’intervention ne constitue pas nécessairement une régularisation automatique.
La logique consistant à :
« On fait d’abord, on régularise ensuite »
Ne constitue pas une procédure juridiquement sécurisée.
Un bon de visite remplace-t-il un mandat ?
C’est une confusion fréquente.
Le bon de visite peut permettre de démontrer qu’un professionnel a présenté un bien immobilier à un acquéreur.
Il peut donc avoir une utilité probatoire.
Mais :
❌ Un bon de visite n’est pas un mandat.
❌ Il ne remplace pas le mandat écrit.
❌ Il ne suffit pas, à lui seul, à créer un droit à commission.
Le mandat et le bon de visite ont deux fonctions différentes.
👉 Le bon de visite prouve notamment la présentation du bien. Le mandat autorise et encadre l’intervention du professionnel.
Une visite sans mandat constitue-t-elle automatiquement une infraction pénale ?
Non, il faut distinguer les situations
Il serait incorrect de considérer que toute intervention sans mandat entraîne automatiquement une sanction pénale.
Le défaut de mandat doit être distingué d’autres situations beaucoup plus graves.
Notamment :
- L’exercice sans carte professionnelle ;
- L’intervention d’une personne non habilitée ;
- Certaines manœuvres frauduleuses ;
- L’utilisation de documents inexacts ou irréguliers.
Ces situations peuvent relever de règles et de sanctions différentes.
👉 Une agence titulaire de la carte professionnelle qui intervient sans mandat ne se trouve pas nécessairement dans la même situation qu’une personne exerçant illégalement sans carte professionnelle.
Chaque manquement doit donc être analysé précisément.
Responsabilité civile : un autre risque pour l’agence immobilière
Au-delà de la question de la commission, une intervention irrégulière peut également engager la responsabilité civile du professionnel lorsqu’une faute a causé un préjudice.
Pour qu’une responsabilité soit engagée, il faudra généralement démontrer :
📌 Une faute
📌 Un préjudice
📌 Un lien entre la faute et le préjudice
La perte du droit à rémunération reste néanmoins l’un des risques les plus concrets pour une agence qui intervient sans avoir correctement sécurisé son mandat.
Mandat de recherche : le vendeur doit-il obligatoirement avoir signé avec l’agence ?
Pas nécessairement.
C’est une nuance importante.
Le mandat préalable n’est pas obligatoirement un mandat de vente signé par le propriétaire.
Le professionnel peut également intervenir dans certaines situations sur la base d’un mandat de recherche confié par un acquéreur.
La bonne question n’est donc pas uniquement :
« Le vendeur a-t-il signé un mandat avec cette agence ? »
Il faut également se demander :
« Sur quel fondement juridique l’agence intervient-elle ? »
Si l’agence dispose d’un mandat valable délivré par l’une des parties à l’opération, la situation doit être analysée en fonction de ce mandat.
Visite en inter-agence : quelles règles ?
L’inter-agence constitue également une situation particulière.
Une agence peut disposer d’un mandat signé avec un vendeur tandis qu’une autre agence apporte un acquéreur.
Dans ce cas, l’absence de mandat de vente directement signé entre le propriétaire et la seconde agence ne signifie pas automatiquement que son intervention est irrégulière.
Il faut examiner :
- Les accords entre professionnels ;
- Le cadre de la collaboration ;
- Le rôle de chaque agence ;
- Le fondement juridique de l’intervention ;
- Les règles relatives à la rémunération.
👉 L’inter-agence doit donc être juridiquement organisée avant le déroulement de l’opération.
Mandat, bon de visite et habilitation : ne pas confondre
Ces trois documents ou notions répondent à des fonctions différentes.
📝 Le mandat
Le mandat constitue le fondement de l’intervention du professionnel dans l’opération immobilière.
Il encadre notamment :
- La mission confiée ;
- Les pouvoirs du professionnel ;
- Les conditions de rémunération.
🏠 Le bon de visite
Il permet notamment d’établir qu’un bien a été présenté à une personne.
Il peut constituer un élément de preuve.
Mais il ne remplace jamais le mandat.
🪪 L’habilitation
L’habilitation concerne la possibilité, pour certaines personnes intervenant pour le titulaire de la carte professionnelle, d’exercer certaines missions pour son compte.
Elle doit être distinguée du mandat.
👉 Un professionnel peut disposer d’un mandat mais faire intervenir une personne qui n’est pas régulièrement habilitée.
Inversement, une personne habilitée ne peut pas compenser l’absence du mandat nécessaire à l’opération.
Agent commercial immobilier : soyez vigilant avant toute visite
Cette question concerne directement les agents commerciaux immobiliers mandataires.
Avant d’organiser une visite, il est important de vérifier plusieurs éléments.
✔️ L’agence ou le réseau dispose-t-il d’un mandat valable ?
✔️ Le mandat couvre-t-il bien le bien concerné ?
✔️ Le mandat était-il signé avant le début de l’intervention ?
✔️ Quel est votre rôle exact dans l’opération ?
✔️ Êtes-vous régulièrement habilité à intervenir ?
✔️ Le bon de visite est-il utilisé comme preuve complémentaire et non comme substitut du mandat ?
Ces vérifications sont essentielles pour sécuriser l’opération.
La bonne question à se poser avant une visite immobilière
Avant d’organiser une visite, il ne suffit pas de se demander :
« Puis-je montrer ce bien à un acquéreur ? »
La véritable question est :
« Sur quel fondement juridique est-ce que j’interviens dans cette opération ? »
Il peut s’agir :
- D’un mandat de vente ;
- D’un mandat de recherche ;
- D’une collaboration inter-agence correctement organisée.
Ce fondement doit être identifié et sécurisé avant de commencer l’intervention commerciale.
FAQ – Visite immobilière sans mandat
Une agence peut-elle faire visiter un bien avant la signature du mandat ?
La situation dépend de la nature exacte de l’intervention.
Une simple visite matérielle doit être distinguée d’une véritable activité d’entremise ou de négociation.
Dès lors que l’intervention entre dans le cadre d’une opération professionnelle réglementée, l’absence de mandat préalable peut notamment compromettre le droit à rémunération.
Que risque une agence immobilière qui intervient sans mandat ?
Le principal risque est la perte du droit à commission.
D’autres conséquences peuvent exister selon les circonstances et les manquements constatés.
Un bon de visite donne-t-il droit à une commission ?
Le bon de visite ne constitue pas un mandat et ne suffit pas, à lui seul, à fonder le droit à rémunération.
Peut-on signer le mandat après la visite pour régulariser la situation ?
Il ne faut pas considérer la signature ultérieure comme une régularisation automatique des actes réalisés auparavant.
La méthode consistant à intervenir avant puis à faire signer le mandat ensuite est juridiquement risquée.
Une agence doit-elle obligatoirement avoir un mandat signé par le vendeur ?
Pas nécessairement.
L’agence peut intervenir, selon les circonstances, sur la base d’un autre mandat valable, notamment un mandat de recherche confié par un acquéreur.
Ce qu’il faut retenir
La visite d’un bien immobilier ne doit jamais être analysée isolément.
Ce qui compte est la réalité de l’intervention du professionnel.
🚨 Une agence ne doit pas commencer une véritable mission de négociation ou d’entremise sans avoir sécurisé son mandat.
📌 Le mandat doit être obtenu préalablement à l’intervention.
💰 L’absence de mandat peut faire perdre le droit à commission.
📝 Un bon de visite ne remplace jamais un mandat.
🏠 Le mandat de recherche et l’inter-agence doivent être distingués du mandat de vente classique.
⚖️ Le défaut de mandat ne doit pas être confondu avec l’exercice sans carte professionnelle ou l’absence d’habilitation.
En immobilier, la chronologie est essentielle : le bon fondement juridique doit être en place avant le début de l’intervention professionnelle.
La CNACIM – Chambre Nationale des Agents Commerciaux Immobiliers accompagne les agents commerciaux mandataires immobiliers dans la compréhension de leur environnement juridique et professionnel.
Mandats, commissions, statut de l’agent commercial, obligations professionnelles et relations avec les agences immobilières : connaître les règles applicables permet de mieux sécuriser son activité.
Parce qu’un professionnel informé est un professionnel mieux protégé.







